Chirurgie (MtF)
C'est sans doute le sujet le plus difficile à aborder tant il touche à l'intime.
Les polémiques incessantes qui
agitent les forums transsexuels à propos de la chirurgie
génitale confirment d'ailleurs la sensibilité des personnes concernées.
Trans Aide adopte malgré tout sur cette question, comme sur toutes les autres, son attitude
habituelle : nous considérons que vous êtes totalement libre de vos choix. La seule chose
à laquelle nous nous engageons, c'est vous informer
objectivement. Vous dire par exemple que la vaginoplastie [1] est une
opération complexe que très peu de chirurgiens sont
capables d'accomplir – aucun à ce jour en France, à notre
connaissance, ne peut atteindre les résultats obtenus ailleurs, [2] et très peu en Europe.
Les
meilleurs spécialistes de cette opération de haute
technicité sont aujourd'hui une vingtaine au
maximum sur la
planète, installés pour la plupart en Amérique du
Nord ou en Thaïlande. Les noms de ces chirurgiens sont fort connus
et on signalera que, comme par hasard, presque toutes les MtF
françaises responsables
d'associations transsexuelles ou transgenres – les mieux
informées en la matière – choisissent
désormais les maîtres thaï ou nord-américains
(comptez, voyage et frais compris, entre 6500€ et 10000€,
plus parfois). Pour les autres, mal informées ou en
difficultés matérielles, c'est l'attente, le renoncement
ou les
« abattoirs à Trans » ! [3] (À
l'étranger aussi, ne nous leurrons pas, on opère mal !).
Ou le choix de la castration.[3]
Reste –
nous le savons – que des transsexuelles opérées en
France sont parfois choquées par la franchise de nos propos.
Nous en sommes navrées, mais l'intérêt des Trans
qui nous font confiance est plus important pour nous que des
susceptibilités personnelles ; la vérité sur
l'état de la chirurgie française est connue et nous ne
pouvons la cacher pour ménager telle ou telle (qui, d'ailleurs,
ont fait leur choix en parfaite connaissance de cause et sont donc
satisfaites des résultats qu'elles pouvaient en attendre, car il
correspond à leur demande).
Précisons
donc que la
notion de « satisfaction » n'a aucune valeur scientifique.
Pour prendre un cas extrême, une transsexuelle peut être
sincèrement satisfaite d'avoir vu disparaître un
pénis haï au-delà du supportable même si elle
a une foufoune assez peu ressemblante à celle d'une femme
biologique, n'a pas de clitoris innervé, et sera donc frigide
à
vie ; c'est en effet ce qu'elle réclamait avant tout, la
sexualité la dégoutant et lui rappelant son passé
masculin (ce qui est son droit !). À l'inverse, une trangenre
qui a choisi la vaginoplastie pour des motifs directement liés
à sa sexualité ou – provoquons un peu ! – à l'envie de faire une
fascinante expérience de modification corporelle, fera le choix
d'une vaginoplastie lui garantissant une capacité orgasmique et
une esthétique à scotcher ses amant(e)s bios... La
première veut avant tout voir son pénis
disparaître, la seconde aurait conservé son pénis
si on ne lui avait pas garanti une vaginoplastie réussie. On
voit bien que nous sommes ici dans des logiques personnelles
totalement opposées ! Apprenons à respecter chacune dans
sa vérité. Reste que le rôle de Trans Aide est
de rendre compte des faits scientifiques tout en laissant à
chacune la liberté de ses choix opératoires...
Loin
d'être un simple problème technique, la chirurgie
génitale touche en effet à la vision, plus ou moins
faussée, que l’on a parfois de son corps et de la
manière dont « l’autre » le
perçoit... Aborder cette question, pour soi et avec les autres,
implique d'avoir fait un vrai travail de réflexion sur son
histoire, sa sexualité et ses sentiments les plus intimes.
Pour envisager sereinement une vaginoplastie, il faut avoir
les idées claires et être particulièrement
équilibrée. Sinon, attendez, car vous n'êtes pas
prête !
Réfléchir avant un acte
chirurgical lourd, qui implique des changements irréversibles,
qu’ils soient sociaux ou surtout physiques et psychologiques,
n'empêche nullement de procéder assez vite cependant, si
vous êtes sûre de faire un choix lucide. Il n'y a pas de
règle en la matière. C'est vous seule, en
définitive, qui prendrez la décision. Et qui fixerez les
délais. Et qui en supporterez éventuellement les
conséquences.
[1] Nous parlons bien
ici de vaginoplastie, opération qui consiste, à partir de
votre propre pénis et de ses terminaisons nerveuses, à
vous construire un néo-vagin et un néo-clitoris
innervé, permettant l'orgasme. Si tous ces critères ne
sont pas réunis, il s'agit de castration chirurgicale, parfois
agrémentée d'une chirurgie esthétique,
opération assimilable à des soins palliatifs
psychiatriques, et non à une véritable vaginoplastie.
[2]
Le ministère de la santé a récemment
édicté des critères précis de validation
des équipes chirurgicales : à ce jour, les équipes
françaises y correspondent-elles, ne serait-ce que par le
nombre mensuel d'interventions effectuées ? Les
résultats français sont par ailleurs à peu
près impossibles à se procurer, les opérées
refusant presque toujours de fournir des photos et / ou de montrer
à leurs consœurs leur résultat (nous cherchons
toujours des photos d'opérations effectuées
récemment à Lyon et à Bordeaux : nous nous
engageons évidemment à protéger l'anonymat des
intéressées) ; les rares résultats français que nous avons
vus ces dernières années sur le Net ou en réel
sont proprement effrayants... Nous ne pouvons donc pas, à ce
jour, conseiller la chirurgie française (outre qu'elle oblige
à un suivi psychiatrique d'au moins deux ans).
[3]
Les chirurgiens thaïlandais (Suporn, Chettawut), allemands (Spehr,
jusqu'à son départ en retraite) ou suisses (Daverio)
doivent une partie de leurs revenus aux retouches et réparations
des opérations ratées en France (en particulier les
problèmes d'urêtre, ratage classique de certains
chirurgiens qui continuent à sévir aujourd'hui encore !),
parfois aux frais de la Sécurité Sociale qui
reconnaît ainsi implicitement l'incompétence des
chirurgiens qu'elle... impose pourtant aux Trans pauvres !
[4] C'est ainsi que la plupart des psychiatres français, bien
informés de la réalité du niveau technique des équipes
« officielles », appellent les opérations
effectuées en France... Ce n'est évidemment pas par
hasard.
© Equipe d'animation nationale, le 28 décembre 2007